premieraEmilie se prépare à fêter ses 25 ans de mariage. Elle installe tout parfaitement, la décoration, le repas, jusqu'aux draps de soie prévus dans la chambre conjugale. Pourtant, au moment d'ouvrir une bouteille de vin emballée dans un papier journal, elle tombe sur une annonce et tout bascule. Son premier amour lui donne rendez-vous. Sans réfléchir, elle prend sa voiture et part rejoindre celui qui a peut-être passé cette annonce à son intention. Commence un voyage entre son passé et son présent, entre ses sentiments et ses habitudes, ses révoltes et ses désirs profonds.

Un joli roman qui se lit d'une traite. J'ai aimé plonger dans ses contradictions, dans ce questionnement inévitable du couple, dans la difficulté à vivre ses choix. L'auteur nous balade en douceur dans l'ambivalence des sentiments, dans la routine qui s'installe, dans l'âge qui piétine certains rêves d'enfants. Il n'y a pas d'amertume dans le regard qu'elle pose sur sa vie, seulement un peu d'ennui et un besoin impérieux de liberté. Cette envie douloureuse de partir sans avoir à rendre des comptes et qui permet de faire une mise au point, un ajustement.

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Des extraits :

  • (...) je rêvais sur toute chose, je me savais capable de sentiments vastes comme la mer, j'étais une géante enfermée dans une famille étroite, un lycée ancien, une petite ville de province qui se savait jolie mais souffrait déjà de ne pas être Paris. J'ai eu la sensation, durant toutes mes années de scolarité, de tenter de franchir une porte. Qui ne s'ouvrait jamais en entier.
  • J'en avais assez de parler au pluriel. Marc et moi. Mon mari et moi. Votre père et moi. (...) Mon Dieu ! même acheter une paire de chaussures ou changer de marque de dentifrice, s'avérait une action commune !
  • Qu'est-ce qu'elles s'imaginaient ? Que parce qu'elles m'avaient toujours appelée "maman" c'est ce que j'avais toujours été ? (...) elles qui souriaient avec indulgence quand je leur racontais quelque chose qui m'étais arrivé "quand j'avais leur âge", et finissaient par dire doucement, avec des précautions lasses : "On sait maman, on sait ", comme on tente de calmer un malade qui a la fièvre et délire un peu. Ben non, mes chéries, vous ne savez pas.
  • Je suis plus jeune aujourd'hui qu'à 20 ans. Mes désirs sont plus légers, mes a priori aussi. Je voulais me marier, avoir des enfants, un métier, des amis, des vacances et des Noël. J'ai eu tout ça. J'y ai mis tant d'énergie, de peur et d'attention, j'ai suivi tant de conseils, lu tant de livres, de magazines, passé tant d'heures au téléphone avec des amies qui avaient des enfants du même âge, des maris trop sérieux ou volages, trop présents ou pressés (...), on échangeait nos colères et nos fatigues mais jamais pour s'en débarrasser, toujours pour les surmonter, les faire passer pour une défaillance passagère, on avait tort. Rien de tout cela n'est passager, et j'ai perdu tant de temps à prendre sur moi que je suis passée par-dessus-bord.
  • Elle est un trésor enfermé. Elle se cache, elle se retient, effrayée par sa propre puissance et sa violence aussi, la façon dont elle pourrait renverser le monde. (...) Un jour elle fera ce que font tous ceux qui ont dit "oui", elle partira loin et tout sera oublié instantanément (...).
  • Je voudrais parler à mes filles (...) Je voudrais les tenir dans mes bras et qu'elles comprennent que j'ai le savoir d'elles-même et que les hommes qui les aiment mal sont des passants à éviter. Je voudrais leur dire qu'elles ont droit au meilleur, elles méritent ce qui coupe le souffle, ce qui est folie.
  • Pourquoi apprend-on à nos filles tant de gentillesse ? Pourquoi leur avais-je dit que c'était mal de faire de la peine aux autres, au lieu de leur dire de fuir au plus vite tous ceux qui brandissaient leur douleur comme un étendard avec lequel ils les étrangleraient tôt ou tard ?
  • Je pensais à ça (...) face à tous ces ados semblables et qui me considéraient comme une fille timide, voire coincée et qui ne savaient pas que je pouvais devenir une fille dangereuse.
  • Où vont nos gestes ? Si l'on reçoit autant que l'on a donné, tenu, bercé, serré jusqu'à en perdre le souffle, est-ce qu'un jour on nous rappelle ? Un jour on nous demande de revenir et de recommencer ?
  • J'aurais regardé du ciel ma mère et sa jeunesse, mon père et son grand-âge, et je n'aurais pas voulu naître de ces deux-là, je serais repartie pour revenir plus tard, ailleurs, sous la forme d'une lumière semblable à celles que l'on découvre parfois en haut des routes, au sortir d'une forêt, qui surprend et ravi. J'aurais voulu être une bonne nouvelle. J'aurais voulu être une acalmie. Un grand repos. J'aurais voulu être une seconde, celle où l'on sent le bonheur, la joie dans l'harmonie. Et puis mourir. J'aurais voulu être le rire de deux personnes qui s'aiment. J'aurais voulu être le contre-ut. Le chef d'oeuvre. L'idée géniale. 
  • Je pensais à ma mère (...), cette vie éteinte avant d'avoir brillé et qui ne saura jamais ce qu'elle a perdu, mais toujours la tristesse la nimbera comme une lumière du soir(...).

Janvier 2010