papaTémoignage émouvant de l'auteur, Jean-Louis Fournier, père de deux enfants handicapés.

A priori les prix littéraires, je ne me précipite pas. Celui là est venu à moi parce qu'une personne proche m'a dit reconnaître certains passages de sa vie.

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Au delà de toute polémique, ce livre est à lire, Femina ou pas....(c'est un autre débat). Il est écrit tout simplement et relate avec tristesse et humour des événements, des incidents, les pensées et les sentiments qui traversent l'homme qui affronte chaque jour la différence. Il me semble que le récit n'a aucune prétention si ce n'est une forme de délivrance personnelle. Il exprime la difficulté de communiquer avec ses enfants, de dire et de recevoir l'amour. Il raconte combien est lourd ce non échange, ce vide plein de frustrations et d'incertitudes.

Je trouve courageux que Jean-Louis Fournier se montre avec ses faiblesses et ses forces. Il raconte cette ambivalence qu'il y a en tout être humain et qui peut si facilement le faire tomber. Pas de mensonge, d'hypocrisie, rien que du vécu, de la rage, des fuites, des regrets parfois et toujours le rire pour accompagner les peurs. L'humour pour rester en vie, toucher terre, regarder les choses en face et les accepter en les dédramatisants.

Il est le père involontaire de deux enfants handicapés.

Quelques extraits:

  • Il y a ceux qui disent : "L'enfant handicapé est un cadeau du ciel." Et ils ne le disent pas pour rire. Ce sont rarement des gens qui ont des enfants handicapés. Quand on reçoit ce cadeau, on a envie de dire au ciel : "Oh ! fallait pas...."
  • Il ne faut pas croire que la mort d'un enfant handicapé est moins triste. C'est aussi triste que la mort d'un enfant normal. Elle est terrible la mort de celui qui n'a jamais été heureux, celui qui est venu faire un petit tour sur Terre seulement pour souffrir. De celui-là, on a du mal à garder le souvenir d'un sourire.
  • Quand je parle de mes enfants, je dis qu'ils ne sont "pas comme les autres". ça laisse planer un doute. Einstein, Mozart, Michel-Ange n'étaient pas comme les autres.
  • Mais si vous aviez été comme les autres, vous auriez été comme tout le monde. Peut-être que vous n'auriez rien foutu en classe.  (...) Vous auriez été chomeurs. (...) Vous vous seriez mariés avec une conne. Vous auriez divorcé. Et peut-être que vous auriez eu des enfants handicapés. On l'a échappé belle.

Septembre 2008 (prix Femina 2008)